Adieu l'ami, Ellah yarhmou, kousk en peoc'h

Erwan Evenou a quitté ar Bro gozh ma zadou, l’un des deux ’vieux pays de ses pères’. Il est né en 1940  et a grandi à Alger, où il a suivi sa scolarité en compagnie de petits camarades arabes, kabyles et israélites comme il l’a raconté avec talent dans deux de ses livres, l’un en breton : Nikolazig ar Broioù tomm, l’autre en français : Le Coq, l’Hermine et le Croissant.

La guerre de décolonisation et les évènements tragiques amènent sa famille, installée depuis 1840 en Algérie, à venir en France où il poursuit ses études et apprend la langue bretonne. Mais l’appel de la terre natale est le plus fort et en 1965 il retourne dans les Aurès pour enseigner comme jeune instituteur au titre d’appelé du Contingent.

De retour en Bretagne il fonde une famille, s’engage sur le plan politique et milite pour la défense de la langue bretonne ainsi qu’au sein de l’Union Démocratique bretonne (UDB).

L’attachement au pays de son enfance demeure très fort et conduit Erwan à retourner vivre en Algérie avec sa propre famille jusqu’à ce que l’islamisme radical le pousse à revenir en France avant la décennie noire qui met fin à tout projet de retour.

En 1986 il est reçu au premier CAPES de breton et obtient son doctorat à l’Université de Rennes II l’année suivante. Devenu inspecteur d’Académie, il poursuit son combat contre ce qu’il appelle les discriminations culturelles et publie de nombreux articles engagés. Dans ses écrits, il interroge souvent la notion d’identité si clivante aujourd’hui qu’il appelle à dépasser par l’amitié entre les peuples. Il crée en parallèle l’école de gouren du Faouët où il vit, avant de devenir président de la Fédération dont le siège est situé dans le Finistère.

Homme de lettres, linguiste, profondément humaniste, il avait adhéré à Émergences littéraire et artistique dès ses débuts. Soutien fidèle de la publication sonore Élaïg il contribuait à la rubrique Expression et a prêté sa voix à plusieurs numéros. De même lors du Printemps des poètes et des Salons que nous organisions, il répondait toujours présent, heureux de lire ou de déclamer dans la langue pour laquelle il se battait, celle du peuple breton, lui qui défendait tous les peuples contre l’oppression.

Son amour de la Bretagne ne l’empêchait pas de penser toujours avec émotion à l’Algérie, au drame des Pieds-Noirs, comme en témoigne la dédicace de son livre Le Coq, l’Hermine et le Croissant à mes amis Malika et Mohamed Lounis, rencontrés par hasard à Paris au Salon des livres du Maghreb : En témoignage solidaire d’un natif du pays tant aimé. Bien cordialement. Erwan Evenou.

Ils ont eu la gentillesse de lui rendre hommage avec ces mots : « C’est un Algérien de cœur qui s’en va. Ellah Yarhmou »

Il était un bon ami pour moi. Pour nous tous. Un Juste.

Kousk en peoc’h Erwan.

 

Anne-Yvonne Pasquier

 

 

Sa bibliographie ( non exhaustive )

En langue bretonne :

-Benn gouloù-deiz, recueil de poésie, Presses populaires de Bretagne, 1972

-Nikolazig ar Broioù tomm (le petit Nicolas des pays chauds, roman sur le drame algérien) Hor Yezh, 1991, Prix Langleiz 1992

-Pardon Sant Fiag (le Pardon de Saint Fiacre un roman policier), Embannet gant an oberour, 2007

-Bugale milliget ar Baradoz kollet, Al Liamm, 2018

En langue française :

La Langue bretonne en Quête de Légitimité, Keltia, 2000

Le Coq, l’Hermine et le Croissant, autoédition, 2012

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Erwan_Evenou

http://www.site-erwan-evenou.fr/

 

crédit photo/émergences: enregistrement de la revue Élaïg à la Grange des conteurs de Brocélia (  chez JM Derouen et Evelyn Sol )

Retrouvez le si vous  voulez, sur son site

http://www.site-erwan-evenou.fr/