NE MEURS PAS, A MA FEMME poèmes de Roland NADAUS

Cette Anthologie en ligne est un "Lieu de diffusion" par thèmes, tenu par Frédéric VITIELLO et réservé aux poètes, , pour que se retrouvent ici ceux à qui des sujets comme l’Amour, la Liberté, la Terre, ...parle au plus profond d’eux mêmes : L’amour , mais qu’est ce que l’amour ? C’est cet élan indéfinissable, aussi ancien que l’est notre planète, qui pousse une personne vers une autre, ce sentiment de profond abandon vers cet être autre qui remplit alors l’existence et l’imaginaire dans une confiance totale et une relation physique de proximité, sexuelle ou platonique. On est là proche des sentiments les plus variés, mais aussi les plus complexes. Bon nombre d’auteurs ont tenté de définir, d’exprimer cet état universel. On pense tout de suite bien sûr au symbole fort de Roméo et Juliette, Amour heureux, Amour déçu. Le thème est tentant encore aujourd’hui pour nos auteurs, riches dans ce domaine.
Ne meurs pas ! Ne meurs pas : J’ai lavé la cuisine ce matin et elle est déjà sale il vient de me pousser un onzième doigt ne meurs pas ! J’ai appris à manger la boue et le silence et je n’aime plus la musique et la musique ne m’aime pas il y a un manège dans la cour ne meurs pas ! il y a des chevaux de bois dans ma mémoire malade. Ne meurs pas ! ne meurs pas le téléphone ne fonctionne pas encore dans le caveau de famille et les morts de toute façon s’y croisent les bras ne meurs pas : tu as oublié de fermer le gaz ta vie va encore déborder et tu vas me suicider une nouvelle fois ne meurs pas ! je n’en peux plus de t’aimer. Je suis fatigué ne meurs pas car tu t’appelles Gaïa ma terre et c’est en toi que je renais j’ai acheté le journal ils en parlent ils disent que j’ai raison de t’aimer ne meurs pas ! ce n’est pas annoncé ce n’est pas en première page et je n’ai pas fini de t’aimer. J’ai réservé une table au Restaurant des Morts-Debout on y mange à l’envers sa propre vie en racines par les deux bouts je te le dis ne meurs pas il faut encore que je t’écrive et je n’ai pas commencé c’est tout juste si j’ai appris à t’aimer. Ne meurs pas sans toi la solitude n’est pas solitude et je me vouvoie hors de moi dès que tu n’es pas là dis : ne meurs pas. Dis ne meurs pas quand même puisque je t’aime jusqu’à la fin de moi. (in « Je ne tutoie que Dieu et ma femme », Jacques Brémond Editeur) À ma femme Mais que pèse si tu meurs mon poème – et je parle du plus beau – que pèsent les mots que pèse une image tous ces sons assemblés au destin de la page au hasard du troupeau et même le rythme lourd de leur voyage dans ma bouche sous mes yeux sur cette corde raide en plein cœur de la voix sur cette main greffée de signes noirs et qui griffonne un slogan le même toujours le même et sur le même mur et que la mort aussi entêtée que patiente efface dès qu’il est lisible. Que pèse tout cela Et le reste sinon le poids de l’ombre Mais c’est pourtant le seul cadeau Que je puisse te faire Pour te remercier de ta vie en moi (signalé par Pierre Perrin sur son site). Roland Nadaus, né le 28 novembre 1945 à Paris, est l’auteur d’une soixantaine d’ouvrages. Poète, écrivain, pamphlétaire, conteur, parolier, romancier ; il a aussi assumé plusieurs mandats de maire, de conseiller général du Canton de Montigny-le-Bretonneux,(Yvelines), et de président de la communauté urbaine (alors dénommée SAN, syndicat d’agglomération nouvelle). Il vit et travaille à Guyancourt et en Mayenne. Plus de 60 ouvrages édités, et a participés à plus d’une quinzaine d’anthologies Sources: https://fr.wikipedia.org/wiki/Roland_Nadaus