Deux nouveaux poèmes de Jean-Paul Le Bihan

Les deux textes sont extraits d’un ensemble inédit de poèmes dédiés aux quais et rivages du monde arpentés par l’auteur.

                                                                          

À Brest, sur les quais

Les rares herbes folles blanchissent

Derrière les barbelés

Aux allures d’un jardin des délices

Aux allures des navires désarmés

Les hélices reposent sur le flanc, s’oxydent

Aujourd’hui interdites

Leurs pales immobiles me propulsaient jadis

Sous l’erre confiante de l’insouciance

Portes closes, portes closes

Sécurité, sécurité

Entrepont, tu parles d’un voyage

Sur son axe, transparente

Ma mémoire vrille et s’abandonne

Aux champs d’incertitude

Endormies, les balises silencieuses

Cardinales en retraite

Espars déboulonnés

Toupies rouges et noires aux airs de bonnes femmes

Guidaient mes pas candides

M’assuraient du cap à bien tenir

J’ai tant aimé, soirs d’été transparents

Naviguer bord sur bord, dans ce jardin d’acier

Dédale n’eut pas mieux fait

Me manquent les larmes de soleil et de sang

Que la mer en furie

Arrachait à leur tôle rongée

À Brest, sur les quais

La liberté perdue

S’affiche dévêtue

Silhouettes éphémères plaquées contre les murs.

               * * *

Au rivage de Yantaï

Les eaux chantent les hommes

Les hommes ondulent en calme plat

Karaoké muet au fond d’un corridor

Les yeux jaunes d’un chat fouillent dans ma mémoire

La musique lointaine

Au rivage de Yantaï

Le quai s’est absenté

Les eaux se mêlent aux boutiques

S’entremêlent

Coquillages nacrés, quinquets de pacotille

Femmes en pantalon au vent tiède du soir

Aux lampions de la mer zinzoline

Au rivage de Yantaï

Dans le creux de la main, un reflet

La pensée se dissout

Nulle ligne de partage

Même les mécréants marcheraient sur les eaux

Le quai s’est oublié