Pierre Mironer : Autour de "L'enfant et les sortilèges" de Maurice Ravel

Les voilà descendus, pâtres et pastoureaux

de vieux murs en lambeaux que chauffait la tenture

saccagée elle aussi,--dénichée dieu sait où...,

déplorant leurs amours détruites, leurs troupeaux

antiques de moutons, leurs chiens bleus d’aventure,

et le bois des pipos élargi dans leurs trous.

Et l’horloge toujours sonnante malgré un
permanent franc chahut, resté complice aimante
d’horaires modifiés, --quand on ne voulait plus
que le train parte à l’heure. (On l’aimait , ce cousin…)
continue à cacher au fond de la soupente
notre timbre de voix aux échos imprévus.


Il y a bien longtemps que nous éloignant ne nous étions vus
(un peu correspondu), --puis dans l’ancienneté
sont retombés les cris des enfants turbulents.
Et le feu a soumis l’entrelacs en tissu
des entrailles du vieux fauteuil Franche Comté=
ainsi l’appelions-nous pour ses galons brûlants


que la proximité de l’âtre décollait.
Souvenirs en cortège étiré tout le long
d’un rayon poussiéreux de lumière au plafond,
s’incarnant en bergers venus vendre leur lait
tout leur fromage aussi, ne se parlant qu’au son
d’un petit cor de corne animal et profond.


Tandis qu’en flamboyant l’assemblée se rappelle
des triomphes anciens, --grâce à l’espagnolette
nous resterons cachés dans la grande maison
si pleine d’animaux et de choeurs de chapelles.
Pressés par les troupeaux, se suivront les psallettes,
confréries des cantons arborant leur blason.


Demeure du mystère, à minuit la lumière
s’éteint, masquant de cuir noir la réalité.
Et tintinnabulant sur le haut des armoires
les pots vides en proie aux chocs des cafetières,
à tous les soubresauts des services à thé
dans ce capharnaüm, --on dirait, de mémoire


d’homme que nous n’avons pas vraiment existé.
Et l’Enfant a pris peur de tous ces sortilèges
puis en elle a trouvé refuge, les frayeurs
mêmes l’ont réchauffé, buvant à sa santé.
Maintenant son regard rêveur est en noyage
meubles couverts de soie