IMAGINE et FEMME-RACINE, deux poèmes de Yolande Jouanno

IMAGINE

 

Imagine

Céline

Imagine

Corinne

Imagine

Martine

Que

Demain

Je devienne écrivain

Cela ne se peut pas

Je viens d’une terre

L’on ne parle pas

Une terre

J’ai appris à me taire

C’était presque un désert

Une terre

Sans mot

L’on écoutait les moineaux

L’on observait les oiseaux

L’on passait son temps

A exprimer

Sans mot

Tous les maux de la terre

FEMME –RACINE

 

De Bretagne

A l’Occitanie

De Côte d’Ivoire

A la mer Noire

Du Kurdistan

Au Pakistan

Du Sénégal

Au Portugal

Femme-Racine

Un beau matin de printemps

Tu es partie des « Quatre-Vents »

Le soleil haut

Chauffait ta peau

Tu avais mis

De beaux habits

Ta petite robe à carreaux

Tes talons hauts

Ton beau chapeau

Tu as laissé dans ton sillage

Ton lopin de terre

Du Finistère

Ton bidonville

De Brazzaville

Le doux parfum de ton village

Les doux embruns de la grande plage

Ils sont venus

Ils sont tous là

Ton père

Au bout du chemin

Un outil à la main

Ta mère

Un enfant dans les bras

Elle murmure tout bas

Les cousins

Les voisins

Bientôt

Trop tôt

Il n’y a plus

Que leur ombre

Une grande pénombre

Le soleil soudain s’obscurcit

Tu es alors dans la nuit

Tu ne vois

Que le toit

Tu aimerais

Te retourner

Les voir

Les apercevoir

Une dernière fois

Une toute dernière fois

Tu ne peux pas

Une larme se met à couler

Le temps est déjà écoulé

Tu ne peux plus reculer

Femme-Racine

Face au vent

Droit devant

Là-bas quelqu’un t’attend

Tu n’as plus le temps

Il est trop tard

C’est le grand départ

Femme-Racine

N’oublie pas

Là où tu vas

Tes racines tu emporteras

Une odeur

Une fleur

Sur les quais de Paris

Une couleur

Une saveur

C’est le retour au pays

Tout est là

Près de toi

Les parfums de ton village

Les contours de leurs visages

Leurs voix

Elles te parlent tout bas

Un air de balafon

Un son d’accordéon

Les larmes retenues

Le passé revenu

Un petit peu de chaleur

Un petit coin de bonheur

Un petit air d’ailleurs

Dans le givre de ta vie

Dans la brise de l’ennui

Dans le gris de la nuit

Sous le ciel de Paris