Deux poèmes d'Anne-Yvonne Pasquier

Pôle

    Les cris des huskies, le blanc, tout ce blanc vierge le rendent fou de béatitude. Leurs yeux couleur glacier happent son regard. Le vent soulève le givre, en surfusion, collé à la fourrure épaisse des bêtes. Ce froid dans la chair, cette ivresse de l’esprit, éloignent la finitude du monde. La force animiste de l’aventure appelle l’homme libre au désert aride, sous les cieux hyperboréens de l’Arctique.

Être l’eau

 

Être l’eau

 

De la brume sur le val,

De l’océan des départs,

Des rus cachés sous les joncs,

De la dense mangrove,

De l’abreuvoir à brebis.

De la rosée du jardin,

 

Être l’eau

 

De la cascade claire,

De la fontaine sainte,

Des larmes de ma mère,

Des torrents de montagne,

De la flaque joyeuse,

Du verre à sa bouche.

 

Être l’eau

 

Des fleuves impétueux,

Des marées d’équinoxe,

De la neige en cristaux,

De la grêle soudaine,

Des crues du delta du Nil,

Des rivières à castor.

 

Être l’eau

 

Du lavoir de granit,

Du lac de Galilée,

Des écluses fermées,

De la source vive,

Du poumon des noyés,

Des oueds asséchés.

 

Être l’eau

 

Des nuages très hauts,

Des fossés pollués,

Du ressac dans la nuit,

De ses lèvres aimées,

De la place Saint-Marc,

Du seau qu’elle porte.

 

Être l’eau

 

Des rias en été,

Du puits artésien,

Des fonds baptismaux,

De l’étang gelé,

Des marais salants,

D’une pluie d’avril,

 

Être l’eau

 

Des vagues vertes,

Des ports fluviaux,

De la mer noire,

Du canal oublié,

De l’Antarctique

 

Être l’eau.

Être eau.

Être la vie.