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Didier Helleux : Trois chants

, 15:08 - Permalink

I

 

 

Fleurs patriarches, vos corolles parfumées, pleines de fièvre, gonflées sous l’embrassement hideux de l’insecte, je ne les prends jamais dans mes mains – ayant cassé par surprise la tige à leur base – je ne les prends vraiment jamais sans penser que vous êtes plus anciennes que moi et que c’est sans doute alors que je n’étais pas même représenté par un seul de mes semblables archaïques que vous trouvâtes votre forme définitive, que vous définîtes vos fonctions et raisons de vivre tandis que pas un homme encore n’avait osé – ne serait-ce qu’en manière de jeu – se demander pourquoi les fleurs ne semblent pas souffrir, attendre et muettement hurler comme nous on braille.

II

 

 

    Quoi, mer, tu penses ? Quel homme ne t’a pas désirée alors que femmes nombreuses parmi nous ne verront jamais leur beauté convenir?  

    Quoi, mer, tu déraisonnes ? Tu te gonfles au ramdam de la Lune, tu secoues cruellement navires et équipages comme une bête chasse de son dos les parasites et pourtant la plupart d’entre nous ne te verront jamais que douce et presque sans mouvements.

   Quoi, mer, tu nous réserves ? L’épaule de tes vagues rendit tant d’épouses jalouses et leur tenaille se refermant tel un piège en laissera si peu non veuves que je craindrai toujours de ne pas assez dire à mes amis de se méfier de toi autant que peste.

 

 

III

 

 

   C’est fini. Toute la nuit je la retrouve, moi, piéton reposé trop longtemps et qui dut réapprendre à marcher.

   C’est une fable que la vie.

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